Sous le discours de la “majorité silencieuse”: Le racisme en France et au sein de ma propre famille – Une réponse à ma mère

Chère maman,

J’avais pris l’habitude jusqu’ici d’ignorer la multitude d’emails insultants à propos des minorités musulmanes et autres catégories non laïcs et caucasiennes que tes copines et toi s’échangent régulièrement et prennent toujours le temps, pour des raisons assez obscures, de me les envoyer aussi. Alors aujourd’hui je vais prendre le temps de répondre à ce “texte” envoyé hier soir concernant les méfaits de la majorité pacifique silencieuse, qui semble-t-il cette fois, s’applique à tous ces millions de musulmans du monde qui se taisent face à la barbarie de ces Boko Haram et autres groupes Etat Islamique-esques qui sévissent en ce moment, de manière très limitée en Europe, grand bien nous fasse, et beaucoup plus férocement au Moyen-Orient, grand bien nous fasse aussi, puisque ça fera moins de musulmans sur cette planète.

Soyons tout d’abord bien clairs sur un point, peu documenté dans les médias occidentaux – on s’attelle là plutôt, en effet, à fustiger le silence coupable des masses de musulmans pacifiques sans la moindre preuve – : les musulmans de la majorité pacifique ne sont pas silencieux. Ils le sont d’ailleurs, beaucoup moins que nous, Européens, aux vues de notre triste histoire relayée par ce bon et brave Pasteur Nielmöller qui se retrouve bien malencontreusement associé à cette diatribe islamophobe qu’est ton email. Ils manifestent dans les rues par milliers en dépit de violences policières et militaires que peu d’Européens supporteraient, ils brandissent des pancartes qui expriment leur peine et désarroi face au fanatisme de certains personnages isolés comme ces Coulibaly Parisiens et Tsarnaiev Bostoniens. Ces gens se battent au quotidien dans des pays contrôlés par de riches Emiratis inutiles et nocifs soutenus par les Etats-Unis, des psychopathes sanguinaires comme Assad ou des militaires prénommés Sisi – qui s’est emparé du pouvoir dans un coup d’Etat par lequel il a expulsé, puis condamné à mort un Président élu à la majorité démocratique, et à propos duquel les occidentaux n’ont pas levé le petit doigt, nous qui sommes si démocrates et civilisés, toujours prêts à défendre les droits fondamentaux et la liberté des peuples…En d’autres termes, des gens bien mieux que cette horde muette de musulmans, nos ennemis, donc.

Les musulmans ne se taisent pas, ils vivent dans des conditions que même un cochon d’élevage européen n’accepterait pas, ils sont battus, torturés, rejetés de tous côtés, manipulés, expulsés de leurs maisons, leurs bien sont spoliés, leurs enfants sont sans futur, leurs femmes violées, ils se font massacrer dans leurs propres pays, tandis que chez nous, ils se font montrer du doigt, rejeter, parquer dans des banlieues dégueulasses, dans lesquels les écoles sont abandonnées, les services publics sont en retrait, l’Etat déresponsabilisé, les transports en commun sous-développés, la police absente ou violente et l’économie informelle rampante, leurs mosquées vandalisées et il n’y a personne, absolument personne, pour les défendre. Ni la gauche bien pensante, ni la bourgeoisie éduquée, ni les couches sociales défavorisées criblées de dettes, écrasées par des impôts et des salaires ridicules, ni, parfois, les autres musulmans, trop effrayés et honteux, pour faire valoir leurs droits.  Ils ne sont pas silencieux, il se battent, ils manifestent, ils s’expriment, mais c’est bien simple: nous regardons dans l’autre direction, nous ne les écoutons pas.

Les médias européens ( ces journaux tristement populaires comme le Point, le Figaro et the Economist qui se targuant d’avoir des milliers de lecteurs, produisent pourtant des articles mal écrits et d’une pauvreté intellectuelle saisissante) se scandalisent de ces majorités musulmanes qui ne disent rien, de ces minorités qui tuent et qui violent au nom d’un Islam que peu de musulmans reconnaitront, mais ces même médias passent bien peu de temps à se demander pourquoi ce qui arrive arrive, à s’engager dans un réel journalisme d’investigation intelligent. Pourquoi des petits français de Normandie partent-ils se battre en Syrie? Pourquoi ISIS existent-ils? Pourquoi les femmes se voilent-elles plus souvent et pourquoi les français “laïcs” l’acceptent-ils si mal? Pourquoi traitent-on les musulmans français comme des immigrés, des citoyens de seconde zone même après que leurs parents et grand-parents aient été citoyens français depuis des décennies? Pourquoi prend-on les discriminations raciales bien réelles à la légère, en les écartant d’un revers de la main accompagné d’une moue de dédain à la française? Peut-être parce que ces problèmes ne sont que le triste reflet de nos propres échecs.

Les groupes islamistes comme ISIS ne se sont bien évidemment pas formés dans un vide intellectuel et politique et sous la simple impulsion d’une religion essentiellement violente et dénuée de sens. Ces groupes terroristes se sont formés en réponse aux politiques étrangères occidentales – et en particulier celles des Etats-Unis – catastrophiques dans les pays du monde Arabe et en Afrique sub-saharienne. Sais-tu d’ailleurs qui sont les combattants d’ISIS? Que veulent-ils? Les premiers éléments d’ISIS étaient en fait les restes de l’armée nationale irakienne de Saddam Hussein, qui, rejetés par les Américains de la nouvelle armée créée de tout pièce après l’invasion de  2003, ont décidé de s’organiser autrement. Al-Qaida est né des suites de manipulations politico-mafieuses et violentes des Etats-Unis et de la Russie lors de la guerre froide et s’est nourri de leur stupidité, leur cupidité, et bien sûr, l’entraînement militaire et les stocks d’armes américains qui leur ont été gracieusement offerts dans les années 1970. Après mon passage aux Archives Africaines à Bruxelles qui regroupent les feuillets jaunis et oubliés d’une administration Belge raciste et dominatrice, il est assez certain que les peuples d’Afrique sont de loin les plus braves. Usant de stratégies paternalistes, perverses et moralement constipées, les occidentaux ont rasé absolument tout ce qui constituait pour des peuples entiers une organisation sociale et politique complexe, des siècles de culture et d’histoire. Ecrasés par le joug pompeux de la “mission civilisatrice”, les africains de toutes parts ont été vendus, exploités, déchirés, leurs villages pillés, détruits et les populations organisées et parquées dans des camps de travailleurs ou le confort de l’eau courante et l’électricité les réduisaient au silence et à la discipline pour le bien de corporations étrangères vénales. Je ne mentionne même pas les pages entières dédiées aux nègres, ces “indigènes” traités comme de petits enfants ignares et dont les valeurs dégénérées devaient à tout prix être éradiquées.

Archives Africaines - Politiques Indigènes, 1947

Archives Africaines – Politiques Indigènes, 1947

Et que dire de nos politiques contemporaines … Nous avons passé plus de temps à pleurer Charlie Hebdo que de se recueillir pour les 2000 victimes de Boko Haram, un massacre perpétué le même jour et par le même type de fanatisme. Nous dépensons plus d’énergie à voter cette petite Marine Le Pen sur fond de crise économique qu’à venir en aide à des milliers de migrants stockés sur des barques instables dont des centaines se noient sous nos yeux, impitoyables. A l’inverse, nous votons des lois qui tout en nous donnant bonne conscience se valent du “laisser mourrir” parce que les secourir reviendrait à les inviter. Ces gens sont si désespérés (de plus en plus d’enfants non accompagnés sont retrouvés dans ces bateaux, morts ou vivants) de fuir leur pays en guerre – en particulier la Syrie, une catastrophe dont nous sommes encore une fois, largement responsables – que leur vie n’a plus aucune valeur; il importe peu que nous décidions de ne plus leur venir en aide, ils continueront de chercher asile dans nos pays si tolérants, si humains, si civilisés. Mais nous, nous votons des lois qui non seulement abandonnent des êtres humains à une mort certaine, mais aussi nos propres valeurs d’Egalité, Liberté, Fraternité. S’il s’était agit de 800 américains morts échoués sur les plages de Lampedusa, la terre entière aurait pleuré, retenu son souffle. Il importe peu que les américains soient souvent sous-éduqués, obèses et vivent dans un pays ou la santé est un luxe que peu peuvent s’offrir et l’université si chère que les jeunes diplômés commencent leur vie active avec des dettes colossales. Peu importe qu’en somme, les Etats-Unis soient plus proches d’un pays du Tiers-Monde que de la Scandinavie, ces gens sont des blancs et ils méritent notre soutien, notre argent, notre temps. Mais se ce sont des africains, des arabes, des musulmans qui viennent mourrir sur nos côtes et ces gens là ne sont pas dignes de notre compassion.

Considérant la désinvolture de nos actions et la gravité de leurs conséquences sur le reste du monde il est d’ailleurs extrêmement surprenant que nous n’ayons pas été confrontés à ce genre de “fanatisme” beaucoup plus tôt et de façon beaucoup plus systématique; nous pouvons presque nous considerer chanceux de ne pas être la cible de beaucoup plus d’attentats perpétrés par beaucoup, beaucoup plus d’adeptes du côté obscure des idéologies humaines. Je suis éberluée par le pacifisme de ces populations que nous avons manipulées et considérées comme des sous-humains, à notre égard. Oui, c’est bien le mot pacifisme que je viens d’employer, car il est bien là le réel pacifisme.

Les musulmans ne sont pas une majorité pacifique silencieuse, ils représentent une partie de la population mondiale  – plutôt nauséabonde (la population mondiale, pas les musulmans) en général il faut bien l’admettre – composée d’une multitudes de différents courants de foi musulmane qui ne s’entendent pas, s’entre-déchirent, se font la guerre, et parfois, coexistent pacifiquement sans problème pendant des siècles.Ce sont des gens, qui à l’heure du XXIème siècle, sont en guerre. Contre des régimes dictatoriaux dit “laics” que nous – les occidentaux riches et blancs – avons mis en place et soutenu pendant des décennies sans se poser les questions qui fâchent. Il est clair donc, que personne ne tue au nom de l’Islam, mais plus profondément pour des raisons politiques bien spécifiques associées à la liberté, l’injustice, l’exploitation, dont nous, les Européens sommes le plus souvent responsables. L’Islam n’a rien à voir avec tout ceci, l’injustice et les crises identitaires, si. Mais nous continuons néanmoins de demander, que dis-je, d’exiger (!) que les musulmans s’indignent, qu’ils s’excusent collectivement pour ces autres, ces étrangers, ces terroristes dont ils ne connaissent rien, comme s’ils étaient, eux, les responsables. Je ne me souviens pas avoir entendu de telles demandes concernant par exemple, les massacres perpétrés à Gaza par Israel l’année dernière? A-t-on demandé à tous les juifs de France, à tous les juifs du monde, de s’excuser pour les crimes odieux de Benjamin Netanyahu qui a assassiné 2000 Palestiniens en quelques semaines, dont la plupart étaient des enfants et des civils non-armés? Demande-t-on aux catholiques de s’excuser pour le massacre de près de 50 millions d’habitants d’Amérique latine orchestrés par les espagnols il y a cinq siècles? Demande-t-on aux catholiques de s’excuser pour le rôle que l’Eglise a joué durant l’holocauste de la seconde guerre mondiale et le génocide rwandais, ou à tous les français de s’excuser d’avoir collaboré avec le régime nazi? Demande-t-on aux catholiques des excuses pour avoir pillé, assassiné, et violé impunément lors de nos longues et sanguinaires Croisades organisées aux nom de Dieu mais dans le but réellement perfide qu’est la cupidité? Est-il utile ici de rappeler que les traitement réservé aux “infidèles” par les musulmans lors des Croisades était d’ailleurs bien plus humain et tolérant que celui réservé aux “infidèles” par les Croisés catholiques?  Demande-t-on aux anglais de s’excuser collectivement pour l’extermination totale des tribus “indiennes” dans ce que deviendra les Etats-Unis ou pour l’organisation d’une vaste machine esclavagiste ayant décimé le continent africain et perpétré les pires crimes contre l’humanité à l’encontre des populations noires américaines? Non, je n’ai rien entendu de tel. Pas le moindre murmure.

Alors ce discours sur la majorité pacifique silencieuse, je l’ai déjà entendu, et je l’ai en horreur. Usant d’une rhétorique soit disant bienfaisante et résolument bien-pensante il incite en réalité à l’intolérance, et surtout, bien plus dangereux encore, à la stupidité collective. Mais puisque c’est bien de silence nauséabond dont nous parlons ici, moi je décide de ne plus me taire. Puisque nous sommes si supérieurs, nous, les blancs, prenons nos responsabilités, ne les fuyons plus.

Et si mes arguments ne peuvent te convaincre toi et tes copines de faire un pas en dehors de l’obscurantisme, j’espère au moins qu’ils convaincront de ne plus m’envoyer ce genre de messages parce que je suis fatiguée, non, attristée de devoir les lire.

Bien à toi,

Stéphanie

PS: Tu diras à ta copine Cathy que j’espère que ses élucubrations racistes et étriquées lui permettent d’occuper ses journées qui me semble-t-il, sont assez ennuyeuses.

“Elephant’s Dream” | A Tale of Resilience

Photo Credit: Kritsof Bilsen

Photo Credit: Kristof Bilsen

Kistof Bilsen’s Elephant’s Dream has only been watched by a few privileged souls since its World Premiere at various European festivals in the Fall 2014. Beyond its slightly surreal and poetic composition and filming, the documentary’s real strength and appeal lie in its search for authenticity and normality in a country where fantasies about the “Heart of Darkness” have been feeding on a carefully managed and internationally constructed discourse of catastrophic state failure (or fragility) and disastrous cycles of structural, direct and lethal violence. Most documentaries – and there are a LOT – dealing with one or the other aspect of Congo’s multifaceted crisis, habitually investigate only this: a deeply disturbing crisis that invariably resulted in immense desolation, shock and  humanitarian disaster. Mining exploitation, rape as a weapon of war, female combatants, the Rwandan genocide spillover, nature conservation as well as colonial and post-colonial history of violence stand among the extremely varied topics covered in many informative, heart-sinking and fascinating documentaries and films. Elephant’s Dream is no exception; it deals with structural violence, despair and loneliness. But complementing a wealth of critical knowledge on the Congo, it also exposes what often remains hidden in the shadows of an all-too familiar ‘state failure’ discourse: the everyday state and human dignity.

A lot indeed has been said and written about the Congo’s destroyed public infrastructures and social fabric by humanitarian workers, journalists and academics – and rightly so – yet very few of them (including myself) have been able to strike the right tone, use the right words in depicting and explaining what it’s like to get to know the Congo and its people. I often find myself going to great lengths to use imageries and words in vain attempts to adequately explain the infamous traffic jams in Kinshasa, Lubumbashi’s abandoned and somehow eerie mining labour camps and Goma’s back-killing roads to friends, to strangers, to students.

Kristof Bilsen has successfully managed to do just that. The almost romantic depiction of the daily lives of Henriette the Post Office’s counter clerk, Simon the Train Station’s ‘chef de gare’ and Lieutenant the Fire Fighters Unit’s commandant take the viewer to a strange and surreal tale of three state agents going to work every morning despite the lack of proper equipment and the ever-lasting and hopeful wait on wages. Watching the Lieutenant calmly talk from his chair I could feel and smell the Congo’s humid and burning air, the kind that makes you suffocate at night and relentlessly pursue shade in daylight. Henriette’s near apathy sitting at her booth at the Central Post Office resonates like an all-too familiar experience, reminiscent of my own work and the Congolese’ quotidian struggles. The menacing dark grey skies over the train station loom as a reminder of the strong winds that always announce an imminent thunderstorm.  I rejoiced at the view of Kinshasa’s skyline from above, and the familiar buildings and houses in which I lived, grew up and learnt invaluable knowledge from friends and family. The streets and atmosphere I longed so much for as a kid when it became clear we could never return (which I purposely and thankfully did after years of persuasion and work). The film took me back down memory lane and gave me hope for greater eye-opening, ingenuity-friendly research in the near future.

To the outside observers, the atmosphere emanating from the documentary perhaps takes on a sweet and sour aftertaste as they remark the oddly half-confrontational, half-amicable encounters among state agents and their clients, the use of antique, pre-independence equipment in the train station’s main office or the fact that the Fire Fighters Unit continues to operate (sort of) in the burnt down ruins of a once functional building in the heart of Kinshasa’ central business district. This can only resonate with a post-apocalyptic image of the Congo’s dilapidated state filled with unmotivated corrupt officials. To be sure, the Congolese, of all the people I have come to know personally, are by far one of the most obvious victims of immense human suffering, exploitation and abuse both by their own leadership and external powers and Elephant’s Dream perfectly captures the essence of such history of violence.

But in the Congo, those who have been there with an open heart and mind know that not everything is about drama and darkness. The Congolese people’s daily routines are evidently cadenced by struggles with state bureaucrats and security forces but it is also marked by creativity, negotiations, jokes, mutual understanding and consensus. That is what Elephant’s Dream was to me: a fair ode to normality within chaos, order within anarchy, hope within despair. Of course, everyone knows one people, one country cannot possibly be summarized through a single discourse focusing on poverty and misery. There must be some degree of normalcy and joy, even in the Heart of Darkness. Everyone assumes this to be true. So why is it that many accounts on the Congo still adopt either a decidedly gloomy narrative, or choose to discuss complex social issues through dualistic ideas opposing war to peace, right to wrong, fair to unfair, and, with regard to the state, formal to informal, lawful to unlawful, success to failure? In a mere 75 minute-long story of three civil servants in seemingly disaffected public offices, Kristof Bilsen reintroduced the missing ‘and’ in prevalent discourse: formal and informal, lawful and unlawful, misery and hope, order and disorder … a thorny task many analysts have taken years to get a grasp of. The old adage ‘a picture is often worth a thousand words’ never sounded truer.

Why I am proud my Congolese friends have called me ‘Congolaise’ too.

I remember a professor at the University of Lubumbashi who, after a long conversation on the Congolese ‘state’, shared his thought on Burkina Faso and the end of Blaise Compaoré’s regime. It was November 2014 and the political atmosphere in the African Great Lakes Region had been palpably tense for a few weeks, as if the good old ‘winds of change’ were returning from a long and regrettable break. The events in Burkina Faso, combined with the various presidential elections scheduled between 2015 to 2017 across the region, gave the trip a sense of occurring during the “quiet before the storm”. As Burkinabe former President Compaoré fled his country to Côte d’Ivoire and Morocco, I thought, with a hidden but delightful interior smile, ‘could this happen to Kabila’? The Political Science professor looked at me, burst into a loud laugh and after a short pause said: “I am not exactly sure why Kabila would have to go…. It took him so many years to start building everything he’s done, if he leaves now, who will continue his work? Here in the Congo you know very well political leaders when they get a grip on power, [they] just destroy everything their predecessors have done so they can start anew and leave their own mark on the political landscape”.

I paused too, thinking he might have a point but, then, I replied in asking if it would always be possible in the Congo to bypass, ignore or brutally shut down the people’s wishes? Well, I suppose the past two days have brought me an answer, and thankfully for this world’s sad state of affairs, the answer is a loud no.

It is also, sadly, a bloody and messy no. Despite EUPOL having spent millions in reforming the national police through a complex Security Sector Reform programme in the Congo, it seems that money did not produce the expected respect for ‘due process’ and the ‘rule of law,’ given the PNC’s use of live ammunition against demonstrators (who were not all peaceful, but most certainly unarmed), killing about 40 in the skirmishes in Goma and Kinshasa. The Mayor of Goma himself, whom I met and seemed deceptively modern and open-minded, called the demonstrators ‘criminals’ and let his police clash with rioting students. The government swiftly ordered a communication ‘black out’ and ordered all companies to block Internet access and SMS signal, most likely in an attempt to prevent the documentation of police violence and impede demonstrations whose organizers have used social  networks to gather support under the #Telema (‘raise up’ in Lingala) rallying cry.

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Through a mix of personal memories and information from the media, I recall the widespread looting of 1991 and 1993 when the cities of Kinshasa, Lubumbashi and Kisangani among others, suddenly turned into deserted, desolated, ghostly places where revolt gave way to fear and ultimately left Mobutu in power. I think about the so hopeful Congolese people who gathered and waited patiently for the 1991 Conference Nationale Souveraine to deliver on its promises of a multi-party system and democracy, only to see, again, a triumphant Mobutu, using the opportunity to his own private advantage. I remembered the fear of the Spring of 1997 as the AFDL walked towards Kinshasa in a military move no one could believe was really happening. I remember the assassinations, the swirling inflation, the fear, and the end of an era as all the 30 year-old green symbols of Zaïre and its ‘Leopard’ vanished in the blink of an eye. I remember a Tutsi friend of my parents arriving at our home in Kinshasa, traumatized from the Rwandan genocide, and I still feel the creepy echo of war along my spine. I remember the numerous failed attempts at bringing peace and quiet in the Kivus, Ituri, and Katanga. We went from one monarch to another, from one bloodshed to another, from scandal to scandal, from deaths to more deaths. As Jason Stearns pointed out, this time it’s different: the students have taken the lead, Kabila’s PPRD is internally weakened and the Senate stepped up in amending the controversial article 8.

Oh! How many times have I heard how the Congolese don’t rise up and shine because they are too scared, have I endlessly witnessed cynical people who claim democracy isn’t for Africans, and criticized the Congo’s apathetic people and their love for nothing more than beer and lutuku. Apparently, despite bullets and brutality, they also would love to see change happen. No one can predict if this new upsurge of pro-change movement will last long enough for the country to get a chance to witness the beginning of genuine democratic turnaround and to recover from a century and a half of exploitation and war, but this past week will be remembered as those days the state listened to the people and today I am particularly proud. I am proud to be a Congolaise too.

The ‘gri-gri’ in the insanity: The police, the mentally ill, and the bullets

These lines are drawn from field encounters at a police station in DR Congo in November 2014

I entered the Captain’s office at 9:30-ish am for an interview on the relationships of Congolese public servants with the urban population and to collect contact information for local authorities. As he handed over a small piece of paper containing the names and number of four neighborhood chiefs, he said “do not tell them you got their numbers from the police or they will become suspicious”. I nodded and hastily put the note in my pocket.

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